Aux yeux du monde, notre petite fille est née le 2 décembre 2018. Il parait qu’en Corée, on donne déjà une année de vie aux nouveaux nés. Les neufs mois qu’ils ont passé dans le ventre de leur mère, à grandir, sont pris en compte dans l’âge des bébés. Et cette idée me plait assez, parce que notre petite chérie, nous la connaissions déjà avant de croiser son regard. Ce petit brin de fille communiquait beaucoup avec nous et je ressentais déjà son caractère espiègle et sa vivacité. En gros, je savais déjà que nous ferions bientôt partie de la catégorie des parents très très très fatigués.

L’histoire de sa naissance, j’aurais pu la garder pour nous. Mais ce blog, c’est ma petite thérapie par l’écrit et il a fallu que je pose les mots, presque deux mois après son arrivée. Je me suis laissée le temps d’émerger, le temps d’y repenser, le temps de retrouver mes esprits et de prendre de la hauteur par rapport à ce jour tant attendu et que l’on n’a pu s’empêcher d’imaginer.

Je n’avais pas idéalisé cette naissance, je l’avais préparée tout simplement. J’avais travaillé sur la gestion du stress et de la douleur. Je savais qu’une césarienne en urgence serait de nouveau probable, je savais que la douleur ne serait peut être pas gérable. Forte de mon expérience, j’avais pu redéfinir mes envies et mes priorités. Je nous faisais confiance et je me sentais prête physiquement et psychologiquement à aider ce petit être à naitre.

Deux jours avant le premier aller-retour à la maternité, j’avais éprouvé un faux travail qui s’était calmé avec un peu de relaxation et une douche bien chaude… mais ce soir là, aucun bain, ni aucun spasfon n’a pu faire cesser les contractions. Elles sont devenues régulières en début de soirée, comme deux jours avant… comme sept ans auparavant. Vers 21h, alors qu’elles se rapprochaient sans devenir pour autant douloureuses, nous avons décidé d’appeler ma maman pour venir chercher ma grande fille et nous avons attendu que le rythme se confirme. Elles sont très gérables. Nino me demande si je veux que nous fassions quelques mouvements appris en cours d’haptonomie, mais je n’en ressens pas encore le besoin. J’ai envie de garder les bons remèdes pour plus tard, quand la douleur s’imposera.

Nous décidons donc de nous rendre à la maternité. Au pire, si ce n’est pas pour ce soir, je serai examinée et on me dira si toutes ces contractions arrivent en vain ou pas. Ceux qui savent savent: TV, monitoring et re-TV. Effectivement les contractions sont efficaces mais nous ne sommes qu’au tout début du début. On nous laisse le choix de rentrer chez nous pour revenir plus tard, ou de nous garder en attendant que les choses sérieuses commencent. Je veux mon lit, les bras de mon chéri, je veux profiter au maximum de mon confort… nous rentrons à la maison avec le sourire et un « à tout à l’heure » à l’équipe soignante.

Nous rentrons, je mange un morceau. J’ai envie de reprendre une douche pour me détendre mais il n’y a plus d’eau chaude à la casa (ne me demandez pas pourquoi). Nous nous couchons mais je sens très vite que la douleur, la vraie, arrive doucement mais surement. Nino s’endort et je n’ose pas le réveiller. Je descend au rez de chaussée et me dirige vers la cuisine, j’ai envie de grignoter. A chaque contraction, je m’accroupis en me tenant au rebord de la table, je souffle, je fais quelques pas et j’attends la suivante. Je remonte dans notre chambre et j’utilise mon ballon pour quelques exercices d’étirements appris avec ma sage femme. Cette douleur vive, qui s’intensifie, je la connais bien. C’est celle que je redoutais : je contracte « par les reins ». Nino est réveillé par mes longues expirations. Je lui dit que nous allons devoir y retourner. Il est 2h30, le trajet jusqu’à la maternité, je le ferai agrippée à la poignée de maintien passager.

Le col a bougé, il faut repasser par la case monitoring. Une heure allongée à ne pas trop bouger, c’est un petit enfer sur terre mais je gère. Nous regrettons de ne pas avoir fait nos exercices d’haptonomie à la maison. Ce n’est plus vraiment possible maintenant. Ce n’est pas si grave, je me focalise à fond sur la pleine conscience, j’essaie de ne pas me laisser distraire, je me concentre sur mon souffle et mes sensations. C’est très douloureux, mais quand rien ne me sort de mon état méditatif je ne souffre pas. La sage femme vient consulter le monitoring, elle nous dit que les contractions sont très fortes et elle me félicite pour ma capacité à les endurer.

Elle me réexamine. Le col a assez bougé pour que je puisse demander une péridurale. Elle était au courant de ma volonté de ne pas la demander si je n’en ressentais pas le besoin. Je souhaitais plus que tout me laisser le choix. Nous étions en pleine nuit et je savais que l’anesthésiste de garde n’arriverait que dans une bonne demie heure à la clinique. Je sens que j’ai déjà utilisé beaucoup d’énergie, je sais qu’il y en aura encore pour plusieurs heures et que les contractions vont s’intensifier. Je sais que cette douleur deviendra très vite insupportable, je n’ai rien à me prouver, ni à prouver à qui que ce soit, je souhaite plus que tout mener cet accouchement par voie basse jusqu’au bout, alors je demande à la sage femme de prévenir le médecin. On me mène à la salle de travail où je dois enlever ma culotte et enfiler une jolie blouse option « courant d’air ». Me déshabiller est une épreuve. Les minutes qui précèdent l’arrivée de l’anesthésiste seront rythmées par des contractions très vives. Je m’accroche à Nino de toutes mes forces et respire son odeur pour ne pas me laisser emporter par les flots de lave qui se déversent dans mon dos. Je sais que chacune d’entre elles mène mon bébé vers la sortie, je me félicite d’avoir tenu le coup jusque là, je me félicite d’avoir finalement fait le meilleur choix pour moi.

L’anesthésiste qui viendra sera d’une extrême gentillesse et d’un grand professionnalisme. Elle me prévient de chacun de ses gestes. La sage femme est en face de moi et vois que je suis zen à l’idée qu’une grande aiguille me transperce le dos. Qui l’eut-cru? Moi la grande flippée des aiguilles! Je ne sens pratiquement rien. Comme la doctoresse me l’a dit, j’ai senti une piqure et une petite sensation de froid. Elle me dit que d’ici une dizaine de minutes je sentirai toujours les contractions, mais qu’elles seront de moins en moins douloureuses. J’appréhendais l’efficacité de l’anesthésie car ma première expérience en la matière avait été catastrophique. Et un quart d’heure plus tard, un profond soulagement m’envahissait. La douleur était perceptible mais supportable. Je ressentais toujours les contractions et je pouvais bouger mes jambes et mon bassin. Oui, à ce moment là, je bénis le 21ème siècle et la compétence de l’anesthésiste.

Il est cinq heures du matin. Je suis confiante pour la suite, Nino, avec ses bras tuméfiés, aussi. Changement d’équipe. Le temps passe, je m’allonge sur la gauche, puis sur la droite. Mon amoureux montre le chemin à notre toute petite avec quelques gestes d’hapto. Nous lui disons que nous l’attendons, que nous sommes là. Elle bouge, elle est en forme. Mon ventre prend des formes étranges et nous en rigolons. Tout au long de ma grossesse, cette petite puce n’aura eu de cesse de nous rassurer sur son état. La nouvelle sage femme qui vient pour évaluer l’avancée du travail rit de voir à quel point notre petite a l’air dynamique en checkant le monitoring. Les heures s’égrainent. Je sens mon bébé descendre de plus en plus, les contractions le poussent de plus en plus dehors et de plus en plus fort.

A dix heures du matin mon col est à dilatation complète. Nous tentons quelques poussées. J’explique à la sage femme que je ne souhaite pas bloquer mon expiration mais que je souhaite « souffler » mon bébé vers l’extérieur. Elle est d’accord avec le principe mais me demande quand même de tester en bloquant pour observer ce qui est le plus efficace. Je suis vraiment plus à l’aise à l’idée de souffler. Après deux tentatives, la sage femme nous dit que nous allons encore laisser le temps au bébé de descendre au maximum. Ma petite fille se sent bien et moi aussi, autant ménager nos efforts. Quand elle sera bien descendue, les poussées seront plus courtes et plus efficaces. Nino et moi appelons notre petite fille vers la sortie. Nous sommes fatigués, heureux et très impatients. Tout va bien.

Midi, le gynécologue de garde, accompagné de son attitude hautaine et de son humeur exécrable, entre dans la salle de travail. Rien ne va plus.

Je garde le cap, pour mon bébé, pour moi, pour Nino et pour le travail des sages femmes et des auxiliaires de puériculture qui ont été bienveillantes et exemplaires. Il est hors de question que la colère ou la peur nous atteignent maintenant. Il ne s’agit que de quelques minutes, il ne s’agit que d’un instant. Ventouse, forceps. La sage femme me regarde droit dans les yeux et vient plus près de mon visage pour me dire « plus vous allez pousser efficacement, et moins ça durera longtemps ». Ok, j’ai compris meuf. On ne va pas se laisser emmerder par ce type. On est une team. On ne lâche rien. La priorité c’est le bébé!

12h08. Elle est sur moi. Je suis submergée par l’amour, essoufflée par l’effort, et étranglée par le soulagement. « Oh ma Chérie! » « Mon amour! » Je lui crie tout l’amour que j’ai pour elle, tout de suite, pour qu’elle sache qu’elle n’a rien à craindre, que nous sommes là, que nous prendrons soin d’elle, que le monde est beau quand quelqu’un vous aime. Elle a des yeux magnifiques. Elle est magnifique! Elle ne pleure pas. Nino coupe le cordon. Elle exprime quelques pleurs mais se calme déjà. Le monde s’agite autour de nous et pourtant nous ne sommes que trois. Cet instant suspendu dans le temps, je le chérirai toute ma vie. Rien ne pouvait le gâcher, pas même cet inconnu qui me demandait de pousser encore une fois pour expulser le placenta, pas même la suture… Mon corps répondait à tout cela. Ma tête, elle, était avec elle, avec lui. Je lui dit que c’est une championne, qu’elle a été très courageuse et que je l’aime. Nino est très ému. Il me répète plusieurs fois que j’ai été très forte, et je suis encore plus heureuse d’être celle qui lui a offert l’opportunité de devenir papa. Il est beau, encore plus beau qu’avant. Cette lueur nouvelle dans ses yeux me remplit d’une sérénité immense. Il sera le plus merveilleux des papas, c’est évident.

L’auxiliaire de puériculture nous couvre bien, elle lui met ce petit bonnet affreux qu’on déteste tous mais qui lui permet de ne pas avoir froid. Elle me guide pour la tétée d’accueil, celle que toutes les mamans qui veulent allaiter attendent tant! Ma petite chérie trouve mon téton tout de suite. Nous resterons en peau à peau un très long moment. La sage femme et l’auxiliaire de puériculture nous laissent reprendre doucement nos esprits et profiter de l’instant. Alors, pendant ces longues minutes qui nous paraitront durer une seconde, nous ne ferons rien d’autre que de nous regarder et de nous aimer.

Après les premiers soins, on nous conduit dans notre chambre. Un lit a été installé pour Nino. Ce dimanche là, nous présenterons notre petit trésor à nos parents et, par chance, à sa grande sœur qui patiente depuis si longtemps. Nous passerons ici, ensemble, notre première nuit à trois.

Cet accouchement par voie basse je l’avais tellement espéré. Je voulais pouvoir avoir la chance d’accueillir plus longuement ce deuxième enfant, profiter de nous peau contre peau, de son odeur de nouveau né, de cette maternité instinctive, de ce côté animal qui m’avait tellement fait défaut lors de mon premier accouchement. Je suis fière d’elle et fière de nous. Malgré les doutes que l’on nous a posé tout au long de ma grossesse et malgré cette dernière épreuve que l’on nous a fait subir à la dernière minute, nous avons réussi et tu es là!

Cette naissance n’a pas été idéale. Une longue lettre a été envoyée à la direction de la clinique la semaine dernière. Une lettre qui j’espère évitera à d’autres futurs parents d’en passer par là. Une lettre qui j’espère sera lue et prise au sérieux. Je vous en parlerai très bientôt, mais pas maintenant. Je ne souhaite pas occulter les passages difficiles car ils font partie intégrante de ce moment, mais j’ai seulement envie de profiter au maximum de la beauté de ce souvenir. Chaque chose en son temps. Aujourd’hui je vous présente ma toute petite, celle pour qui mon coeur s’est arrêté de battre une seconde fois. Je reste cependant une maman louve et une femme qui ne cessera de faire respecter ses droits!

Ma petite chérie ♥ Toi ♥

 

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