Il n’avait pas la clé mais il a su s’en accommoder. Ce n’était pas sa maison mais il a ouvert les armoires, les boites et les placards. Rien ne lui appartenait, mais il a pris le loisir de choisir et de prendre ce qui lui plaisait. Il n’était pas le bienvenu ici, mais il a fait comme chez lui.
Un personnage sans gêne s’est invité… puis il est reparti en laissant les fenêtres ouvertes, un léger bordel, quelques traces de pas et un froid glacial à la casa.

 …


Cher toi, qui a su voir en notre maison, un endroit accueillant… As- tu des enfants? T’es-tu demandé, en cassant cette fenêtre, si ma fille n’aurait pas trop froid les jours suivants? As-tu imaginé quelle pouvait vraiment être la valeur de ces bijoux? As-tu vu l’amour qui régnait chez nous? As-tu remarqué les petits mots, les dessins, les photos? 
Moi je garde le souvenir de tes traces de pas, de la poudre noire, de la façon dont tu as tout étalé sur mon lit pour trouver quelques bricoles qui ont du te décevoir. Je n’ai pas oublié, depuis cette première fois, que nous ne sommes à l’abri nulle part, et surtout pas chez soi. Je n’ai d’ailleurs pas eu peur quand je suis rentrée ce soir là, seule, dans cette maison éventrée et éventée, vidée de sa chaleur, de sa douceur de vivre et de sa fragile tranquillité. Non je n’étais pas effrayée, mais la colère est montée, la rage m’a submergé et j’ai hurlé.

J’ai hurlé des horreurs, je t’ai traité de noms plus fleuris que les blouses de ma grand mère, j’ai craché ma haine dans les airs. Rien n’est retombé, tout s’est envolé. J’ai fait le 17, j’ai rattrapé ce qui me restait de dignité pour garder une voix compréhensive. J’ai fait les cent pas dans le froid en attendant les gendarmes. J’aimerais que tu connaisses ça au moins une fois… d’un air blasé, moi j’ai répondu « je sais, je ne dois rien toucher, je connais ça, c’est déjà la deuxième fois ».

Je t’en veux. Je t’en veux d’avoir souillé ce petit nid que j’ai voulu rempli d’amour et loin des soucis. La casa elle est ouverte à qui nous veut du bien, elle est ouverte à la bienveillance, aux apéros et aux copains. Toi tu as pris du bon pour laisser du mauvais… enfin tu as essayé. Maintenant le ménage est fait, et toute trace de ton passage a été soigneusement effacé.

Je lui ai dit que la fenêtre s’était cassée dans un courant d’air. Je ne
veux pas qu’elle sache que d’étranges personnages entrent chez nous
pour dérober nos affaires. Son innocence, c’est au moins ça, que tu
n’auras pas emporté avec toi.

Toi qui est entré dans ma maison sans frapper et sans en avoir la clé, je ne sais pas qui tu es mais je te hais. Je ris de savoir que tu as choisi une maison vide de tout objet de valeur. Je ris parce que finalement, tu ne m’as rien pris. Je ris parce que la richesse de cette casa, mec, elle n’est pas dans nos tiroirs mais elle est dans nos coeurs!

(Hé non mon p’tit loup, ça n’était pas des diamants, pas du tout…
Je t’emmerde cordialement.
Bisous.)

Amélie, heureuse, même avec un peu moins de bijoux.