Y’a un truc qu’on m’a conseillé de ne pas dire sous prétexte que ça ne serait pas vrai. Pourtant je ne suis pas une menteuse, je ne suis pas plus complexée que la moyenne des filles à l’approche de l’été, je ne suis pas plus névrosée que la majorité des gonzesses qui possèdent beaucoup trop de chaussures pour leurs deux seuls pieds… enfin je ne crois pas. Alors même si ça me vaut une pluie de cailloux, des yeux révulsés et tout un tas d’onomatopées, je te le balance là:
J’me sens pas belle et c’est comme ça.
J’me sens pas belle et ce n’est pas pour que tu me le dises toi, mais  parce qu’un jour je voudrais me le dire moi.
Ces dernières années, j’ai beaucoup changé. Je m’en rends bien compte. Je suis carrément plus douée de l’eye liner, j’enfile mes miches dans du 36, les robes composent 95% de mon armoire et les talons 99,9% de mon placard. Des compliments j’en reçois. Les garçons qui tournent la tête quand je les croise je les vois. A chaque selfie que je poste et où je joue la comédie de ma vie je lis vos compliments avec envie. (Et rassure toi, non, je ne me promène pas H24 avec une moue boudeuse, la main sur la hanche, un talon en l’air et un filtre « clarendon » collé sur la tronche). Je jubile quand je lis « j’adore ta robe/ton maquillage/ tes bijoux », je me dis que j’ai bon goût, que je suis dans le coup. Je rougis, je suis mal à l’aise et j’ai envie de me planquer derrière mes frisottis quand on me dit « tu es jolie ».
Je ne suis pas jolie, je n’ai jamais été jolie. Et encore moins canon. Je suis Amélie, la bonne copine qui n’est clairement pas plus bonne que la plus bonne de tes copines. Je me regarde et je vois toujours la nana en jean qui n’assume pas sa petite bouée, qui se cache sous des pulls informes et foncés, qui ne se tient pas droite et qui déteste ses oreilles et ses pieds.

J’ai perdu du poids et je vois toujours le gras. Je me maquille chaque matin, je m’extasie devant les couleurs irisées de mes fards à paupières, devant la luminosité de mes rouges à lèvres mais je trouve la forme de mes yeux incertaine, le contour de mes lèvres brouillon et je bugue sur mes dents de travers, mes ridules et mon air con. 

J’adore me mettre en valeur, je sais ce qui me va et ne me va pas. J’aime les sous vêtements sexys, les bijoux, les accessoires, les talons hauts. Je sais ce qui peut me rendre désirable aux yeux des autres. Je le sais, mais moi je ne le vois pas.
Je gagne en confiance en moi chaque jour. Je lutte contre le bad mood chaque jour. Et j’y arrive tant bien que mal une fois apprêtée de mes plus beaux atours. J’en joue. J’aime ça. Je suis à l’aise devant un appareil photo ou une caméra. Je pourrais être le narcissisme incarné si ce n’était pas pour moi autant de tentatives désespérées de me prouver que je suis quelqu’un, que je dégage quelque chose, au delà d’une toilette soignée, d’un sourire un peu fake et d’une surexposition programmée pour cacher ma ride du lion.

J’me sens pas belle et c’est comme ça.

Alors ce week end j’ai fait quelque chose qui me tenait à coeur depuis longtemps. J’ai demandé à une photographe de faire quelques clichés de moi, quelques images de la femme que je reflète aujourd’hui, histoire de savoir où j’en suis. Devant son objectif je me suis amusée, elle m’a demandé d’être tout simplement moi, d’être toutes les nanas que je suis un peu, toutes celles que je vous montre ou pas et j’ai hâte de voir le résultat.

Je ne suis pas sûre de m’y trouver belle mais peut être que je m’y trouverais moi.