« Tu es fatiguée, repose toi… »
Et je suis dans un train, dans un train qui m’emmène loin de ma maison vide, loin de mon quotidien. Je ne m’arrête pas, je ne me repose pas.
Le médecin m’a encore dit ce matin « Je vous arrête quelques jours ». J’ai refusé. Ce n’est pas vraiment la semaine, pas vraiment le moment. Je préfère partir un jour, une soirée, une heure ou deux pour m’évader. Demain je reprendrai le travail, les horaires fixes et la routine, mais ce soir je m’enfuis.
On m’a, à plusieurs reprise, parlé de fuite en avant. Mais selon nos chers académiciens, la fuite en avant, c’est fuir ses problèmes. Je ne les fuis pas, j’y fais face, H24, 7/7j. Non ce que je fuis c’est la solitude, c’est l’ennui. Ce que je fuis c’est le vide que je remplis avec des rires et du bruit, le néant que je comble avec de la vie. 
Les problèmes ils me suivent où que j’aille, de toute façon. Et je crois que je m’y suis tellement habituée, que sans eux je me sentirais denudée. Ils font un peu partie des meubles, je m’en accommode plus ou moins. Certains pèsent plus lourd que d’autres. Certains collent plus aux grolles que d’autres. Ils sont compris dans le forfait, on me prend avec mes soucis, ou on ne me prend pas. Force est de constater que mon corps souffre un peu de tous les supporter. 
Dans ce train, je porte une jolie minerve en mousse, assortie à mon vernis, pour soulager mes cervicales endolories, mais ce soir, je serai souriante et pimpante sur les selfies. 
Je ne veux pas m’arrêter. Sans élan, tout ça serait encore plus difficile à porter. Si je m’arrête tout sera plus douloureux, car ce qui me fait souffrir prendra toute la place de ce qui me fait rire.
Oui c’est fatiguant, usant, crevant de courir tout le temps mais c’est surtout être vivant. Tant qu’une semaine sur deux je ne serai utile à personne chez moi, vous ne m’y trouverez pas. 
Cette vie palpitante et éreintante elle ne durera pas. Elle doit juste se faire… le temps d’user mes vieilles godasses et d’en trouver une jolie paire.