Ah ce qu’on aime les voir grandir, les savoir plus éveillés, plus attentifs au monde qui les entoure! Ils ont l’esprit vif et rien ne leur échappe. Toutes ces évolutions nous remplissent de fierté, nous les parents, mais ce jour là, tout cela m’a juste mis une honte intersidérale au rayon gâteau de la supérette du coin…

Remettons nous en situation: Chouquette, ma petite feignasse, assise dans le caddie, moi, qui le pousse et un rayon où je ne trouve pas ces fucking petits ours fourrés au chocolat dont elle se drogue. Je cherche, je cherche et ma Lady Blabla parle et parle encore.

J’ai développé cette faculté à fermer mes écoutilles quand les mots qui sortent de la bouche de mes interlocuteurs sont trop nombreux et inintéressants, comme pour cette histoire de dinosaure qui fait une tarte aux fraises à un canard par exemple.

Bref… j’entends le bruit de fond que fait Chouquette et je suis toute concentrée dans ma quête du Graal (si je ne les trouve pas, merci la semaine pourrie qu’on va passer) quand tout d’un coup je sors de ma bulle et lui dit: « Qu’est-ce que tu as dit? »

« Maman la dame elle é trop très grosse!!! »

Forcément cette dame était à deux mètres de nous, forcément ce qu’elle avait peut être dit dans un premier temps, pas trop fort, elle me l’a répété au volume maximum pour que je le comprenne bien (elle commence à me connaitre cette belette).

Oh putain! Oh putain! 
(je sais, j’ai un stock de photos pour illustration impressionnant)

Premier réflexe: lui mettre la main devant la bouche tout en lui mimant un gros « chuuuut! ». Ce qui est totalement débile parce qu’elle ne comprend évidemment pas pourquoi je l’empêche de dire ce qu’elle pense à ce moment là.

Deuxième réflexe (il doit se passer à peu près une nanoseconde entre les deux actions): je m’enfuie lâchement mais promptement trois rayons plus loin, caddie à toute blinde. Je regarderai deux fois derrière moi pour être sûre que personne ne nous a suivi #ApprentieEspionneEnCarton

Ah, mais c’est sûr, elle l’a entendu! La pauvre, je m’en veux. Effectivement cette dame avait un important surpoids et ça a sauté aux yeux de la miss… mais comment lui expliquer qu’il ne faut pas dire ça, que ça peut blesser.

S’en suit une conversation un poil Kamoulox:
« – Il ne faut pas dire ça, ça peut rendre la dame très triste tu sais!
– Cé un gros mot?
– Non « grosse » ce n’est pas un gros mot, mais il ne faut pas dire à quelqu’un qu’il est très gros ou très petit ou dire à ton papa qu’il n’a plus de cheveux. Même si c’est vrai, on ne le dit pas, parce que ça les rend triste.
– Mé elle est trop très grosse la dame.
– Je sais mais il ne faut pas le dire tout fort.
– Cé un gros mot.
– Non mais on ne le dit pas.
– Ouinnnnnnn! »

Échec total de l’explication en douceur. Ma fille de trois ans croit qu’elle a fait une énorme bêtise, moi, en plus de me sentir déjà un poil con, j’attire à peine l’attention avec ma demi-portion hurlante dans le chariot.

Rappelons que la mission est de sortir d’ici, sans rencontrer de nouveau la dame en question. Rappelons que nous somme dans une superette et qu’il y a très peu de rayons où se cacher et que les pleurs d’un môme ça porte loin, très loin.

Solution de repli: j’expédie les courses, m’empare en quatrième vitesse d’un paquet de ces foutus ours et je fonce direction les caisses sans trop d’encombres, en réussissant à ne plus croiser la dame grâce à un savant calcul et de périlleux coups d’oeil lancés à chaque tête de gondole.

Tout ça pour rentrer à la maison et entendre sa progéniture dire à son papou d’amour: « Maman elle a rouspété à moi passque la dame elle é grosse et toi t’as pas des cheveux! »

Chouquette 2 points – Maman 0