L’angoisse monte. Oui, c’est comme ça, elle monte. On la sent venir, on l’ignore, on se dit qu’elle passera, qu’en n’y prêtant pas attention elle se vexera et qu’elle ira voir ailleurs. Mais l’angoisse ne connait pas la frustration, l’angoisse n’est pas une diva mais un démon.

Jour après jour elle se fraie un chemin dans ton corps, dans tes méninges, dans ton café, dans ton parfum, dans le goût de ton pain. Tu as beau faire comme si elle n’était pas là mais elle grandit, elle t’oppresse et tu n’arrives plus à t’en dépêtrer. Tu fermes les yeux, tu te bouches les oreilles mais tu vois et tu entends tout ce que tu as exactement besoin d’éviter. Tu tentes de vivre légèrement mais la moindre contrariété devient un nouveau poids à porter. Alors tu t’en rajoutes un peu parce que tu sais que tu peux y arriver, qu’en temps normal tout est si fluide, si facile… tu cherches à la défier et tu te noies dans un verre à moitié vide.

Cette pétasse, elle se nourrit de ton épuisement. Elle engendre la peur dans ta  tête fatiguée, ta tête qui tente désespérément de se rassurer. Elle s’enracine dans des petits pots que tu t’étais réservé pour faire croitre l’amour, elle prend la place du bon, elle éteint les visages, elle atténue la lumière du jour.

Je n’ai pas de recettes miracles, je n’ai pas de solutions. Je surnage dans ce marasme à coup de « la vie est belle », « YOLO », « carpe diem ». De doux mensonges qui se révèlent d’atroces vérités. Nous sommes les seuls acteurs de notre bonheur et pourtant celui ci dépend tellement de la présence de ceux qui nous sont chers. Comment ne vivre que pour soi alors qu’une partie de nous est si loin? Comment faire comme si tout allait bien? Comment faire comme si nous étions entiers alors qu’il nous en manque la moitié?

L’angoisse grignote les sourires et la spontanéité. Elle t’oblige à débusquer la moindre parcelle de joie de vivre qui se serait cachée. Cette joie de vivre qui te trouve naturellement quand les coeurs et la maison sont remplis, quand tout le monde a regagné son lit.

Chaque jour qui se lève, sans « yarout au sucre » à préparer, est une bataille à mener. Chaque rire d’enfant, entendu au loin, est autant de réconfort que de douleur. Chaque soirée passée, sans une nouvelle, épuise mon âme mais reste un pas de plus vers elle.

Je n’ai pas envie qu’on me demande comment je vais. Vous attendrez que ça passe, vous attendrez que le soleil revienne et qu’il chasse l’angoisse.