Il était un petit tabou tout mou, un petit tabou tout doux.
Personne ne le voit tel qu’il est, personne n’en parle, personne n’en dit du bien ou du mal. Ce petit tabou est statistique. On le connait, on le sait, on s’y complet, il est tout autour de nous ce vilain petit tabou.
Pourtant, la séparation, elle concerne un couple sur deux en ville et un couple sur trois en milieu rural. D’ailleurs ça m’a toujours interpellé cette différence entre amoureux des villes et amoureux des champs. Est-ce que la vie citadine stresse plus les couples? Ou est-ce qu’il est plus difficile de se quitter à la campagne? L’amour est-il vraiment dans le pré? Les Starck reprendront-ils Winterfell? Personne ne le sait vraiment.

En parlant à demi-mot de ma séparation sur le blog je ne pensais pas avoir autant de retours en off. J’écris à visage découvert et de façon publique. J’essaie de partager avec vous les sentiments et les épreuves que je traverse sans non plus vous imposer mon intimité. Sans rien édulcorer, j’ai à coeur de mettre sur le tapis toutes ces petites choses qui font hoqueter mon parcours de maman séparée. Toutes ces petites choses qui font mon quotidien et qui échappent au commun des médias… parce que les mortels, ils connaissent bien ça: la solitude, l’épuisement moral, les galères de thune, le regard des autres, les conflits, les difficultés administratives, la fosse aux lions.

La réalité elle est là. Tu n’as pas la tête à bosser quand tu vois ton découvert se creuser et la paperasse s’amonceler. Sans parler de ces semaines ou de ces week end où ton esprit se divise en deux et où ton coeur s’explose en mille… Tu ne sais plus trop si tu tournes schizo ou dépressif, c’est jouissif!

Parce qu’appelons une chatte, une chatte! Un divorce ce n’est pas la panacée, il faut tout recommencer, il faut réapprendre à vivre seule, à ne compter que sur soi. Alors personne n’en parle vraiment de cette pression qu’on doit gérer, supporter, trainer comme un boulet qui ne s’allège pas tellement au fil du temps. Tout le monde te dit que ta vie sera meilleure, que la liberté elle aura le gout d’ailleurs, que toutes les possibilités s’ouvrent à toi, qu’un jour, tu seras heureuse, tu verras… Mais en attendant c’est la lose intersidérale.

Et là tu comprends… tu comprends pourquoi certaines préfèrent vivre un mariage confortable et malheureux, plutôt qu’un divorce rock’n roll et fastidieux. Tu comprends que beaucoup préfèrent vivre une vie qui ne les comble pas plutôt qu’une « survie » qui au mieux ne durera que quelques mois. Je savais qu’il faudrait serrer les dents, garder la tête haute face aux difficultés et aux humiliations, qu’il faudrait faire des choix qui allaient me briser le coeur et ruiner mon moral. Je savais que me séparer de mon mari serait un sacré défi. Je me suis lancée, sans trop y réfléchir, juste en sachant que mes limites avaient été franchies, que le bonheur n’était plus avec lui. Je suis sortie de ma zone de confort, j’ai lâché prise, j’ai abandonné un avenir sûr contre des lendemains incertains. C’est flippant, stressant et épuisant.

Plusieurs fois, face aux épreuves, j’ai douté. J’ai presque failli regretter. Après tout, on s’était aimé, il y a eu des moments heureux et surtout il y a notre enfant. Et même bien entourée, on se retrouve seule, face aux choix, face à son avocat, face au notaire, face au banquier, face à l’homme à côté duquel on a dormi pendant plus de treize ans et qui est devenu un parfait étranger.

Je suis étonnée de voir le nombre de mails, de messages privés, de sms, de petits mots que je reçois de la part d’amies, de connaissances et de lectrices pour avoir quelques conseils ou un peu de soutien, parce qu’elles sont passées par là, parce qu’elles doutent ou parce qu’elles se sont décidées. Nous sommes toutes là, interdites par ce petit tabou. On s’empêche de se plaindre, on s’en parle entre nous, comme si les choix que nous avions faits étaient honteux, comme si quitter son époux en 2016 était encore  scandaleux.

Quelque soit votre condition mesdames, confiez vous, à vos amis, à votre famille. Ne portez pas ce fardeau toute seule. Que vous soyez indépendante ou pas, n’ayez pas honte. J’ai un job, un toit sur la tête et à manger dans mon frigo et pourtant je ne me sens pas illégitime de dire que le divorce est une plaie. Une plaie qui s’ouvre et se referme au fil du temps, qu’on apprivoise petit à petit mais dont on ne guérira pas vraiment. Vous êtes nombreuses, vous êtes muettes, vous ne vous sentez pas libres malgré ce besoin de liberté qui vous a décidé.

Tu sais quoi? On s’en fout des « on dit », on s’en fout des regards de travers et des mots fleuris… Prends un crayon, un papier ou un clavier et écris. Écris pour expliquer, écris pour te libérer, écris pour ne plus te sentir lourde et fatiguée sous le joug de ce petit tabou.

Ça ne mettra pas plus de yaourts 0% dans ton frigo de nana en quête de ventre plat, ça n’amènera pas plus de princes charmants dans ton panier sur adopte, ça ne rendra pas tes enfants sages et disciplinés mais ça te rendra plus sûre de toi et plus forte encore pour continuer à avancer.

Il était un petit tabou tout mou, un petit tabou tout doux et on va lui marave sa gueule à coups de batte ornée de clous!

(Si l’envie d’écrire te prend, je m’engage à republier tous les petits messages qui me seront envoyés ici, par mail -amelie.epicetout(@)gmail.com- ou sur FB. Ce n’est en aucun cas pour montrer à la face du monde que nous sommes des victimes mais bien pour montrer que nous ne sommes pas des cas isolés et que nos forces sont largement sous estimées. Bien sûr ça sera de façon anonyme ou pas, selon ton choix. Big up à toi!)