Une semaine sur deux je suis une maman en veille.
On ne peut pas être maman à mi-temps, quelque soit les conditions, le manque et l’éloignement, en garde alternée, on reste une maman à 100%.
Quand elle n’est pas là, je ne suis qu’un ersatz de moi. Une maman qui vit sa vie d’avant, qui retrouve un peu de ce temps perdu mais qui n’en fait pas grand chose pour autant. L’impression d’être cette maman d’avant mais cette maman d’après aussi, celle qui accepte déjà de vivre loin de son enfant, sauf qu’elle n’a que quatre ans.
Ne plus avoir vraiment sa place, ne plus savoir vraiment comment occuper ses soirées quand elles ne sont plus rythmées par le bain, le repas et le coucher. Se dire qu’on pourrait faire du sport, sortir au cinéma, voir du monde, voir le temps défiler, et finalement rester là.

Je passe mes semaines off à préparer son retour. Je passe mes semaines on à recharger mon coeur avec des milliards de calins et des tonnes d’amour.

Le pire ce sont surement toutes ces petites impressions, ces petites hallucinations sensorielles que je ressens en son absence. Je me réveille le matin, et la tête enfarinée, je n’ai qu’une seule idée, celle d’aller la réveiller. Mais le coup de bambou arrive vite quand une fois mon esprit désembué, je m’aperçois que je suis seule dans la maisonnée. Et cette sensation qu’elle est finalement toujours là, comme elle l’a toujours été, me renvoie chaque fois à notre schéma familial passé.

Les murs parlent mais ils me font plutôt du mal. Les semaines se succèdent et n’avancent pas au même rythme. Pourquoi est-ce que sa malice et son rire font-ils passer les jours plus vite? Pourquoi son absence et le vide allongent-ils le temps inexorablement?

Alors pour survivre au manque j’essaie d’y penser le moins possible, je chasse la nostalgie en refermant la porte de sa chambre, je la laisse en l’état, je ne touche pas à ses affaires, j’évite soigneusement tout ce qui pourrait me rappeler qu’elle me manque, je suis un robot, j’enfouis au plus profond de moi mon instinct de louve, je m’efforce de n’être qu’une partie de moi.

Pourtant l’espace d’une seconde il m’arrive de me dire qu’elle rie, qu’elle apprend et qu’elle s’amuse à quelques centaines de mètres de moi. Je souhaite de toute mon âme qu’elle aille bien, qu’elle mène sa petite vie sans tracas et qu’elle ne pense pas trop à moi.

Parfois j’espère un coup de fil, mais si par bonheur il arrive, il me portera un coup droit au coeur. Deux minutes pour remplir mon réservoir d’amour maternel, deux jours à regretter ce trop plein qui ne sert à rien, comme une indigestion de sentiments inexploités, parce que la douleur cherche à reprendre la place dès que nous avons raccroché.
Tous les 7 dodos je redeviens une maman en veille, une maman quand même.