Qui sont ces femmes qui se sentent obligées de marquer leur peau une fois mères de famille? C’est surement pour se donner un genre, pour céder à cette mode du tatouage… on en voit partout, même à la télé! On peut zapper à n’importe quelle heure de la journée, on est quasiment sûre de tomber sur une de ces émissions de télé réalité qui nous servent des peaux rougies et encrées.
Quel est ce besoin? Ont-elles d’un coup été touchées par la vocation de marin, ou de prostituée? Pourquoi cette envie soudaine d’être tatouées? N’ont-elles aucune dignité pour toucher ainsi à l’intégrité de leur corps? N’ont-elles pas assez de leur vergetures, des leur ventre flasque, de leurs cicatrices de césarienne ou d’épisiotomie pour se rappeler les plus importants moments de leur vie?
Oh wait! Mais nous sommes en 2015 dites moi! Et on me souffle dans l’oreillette que les mamans sont avant tout des nanas? Comment ça? Une fois mère de famille ne sommes nous pas censées courber l’échine vivre sous la lourde cape de la maternité? On peut être féminine et vivre aussi pour soi? Amazing!!!

Je suis tatouée, je le suis même deux fois et dans ma tête au moins dix fois. Je regarde de temps en temps ces drôles d’émissions de télé réalité, où on se dit que les ricains ils ne pensent quand même pas comme nous. Mon envie d’être tatouée elle remonte à une bonne douzaine d’années. J’ai sauté le pas à la trentaine, alors que j’étais une femme, mariée et ayant enfanté. J’aurai pu, un jour, faire la nique à mes parents et pousser la porte d’un salon. Le plus près de chez moi ou du lycée. J’aurai surement regretté.

Aujourd’hui, je suis grande, j’assume mes opinions, je ne me suis jamais aussi sentie moi, je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas. Malgré les réticences de l’Homme qui ne jure que par ma peau immaculée (merci la génétique de m’avoir refilé le teint hâlé d’un gentil petit fantôme), j’ai pris mon corps par la main et après maintes réflexions et le choix d’un artiste qui comprendrait ce que je voudrais, je me suis lancée.

Comme un pied de nez à toutes ces évidences qui, malgré le progrès et la modernité, voudraient nous voir dans la cuisine, pas trop loin de l’évier, je suis partie faire mon premier tatouage, avec une bande de copines, lors d’un week end complètement survolté. Elles étaient là, elles m’ont accompagné, et pour cette première jolie marque sur ma peau, je n’aurais pas pu mieux rêver. Le symbole était là, fort et à jamais en moi.
La deuxième fois que j’ai poussé la porte des enfers (ah oui, au fait, les tatoueurs sont des gens très courtois, parfois il y a des têtes de mort en vitrine, mais vous pouvez laisser les crucifix et l’eau bénite chez vous, ça ne vous servira à rien) c’était tout simplement pour encrer une histoire d’amour récente et éternelle. Une fois l’idée et l’artiste trouvée, il ne manquait plus que le doux son du dermographe pour tout concrétiser.

Et voilà, rien de honteux, de bizarre, de mystique là dedans, juste une envie de s’embellir avec ce qui fait ma force. Je les vois comme de jolis atours, il font partie de moi comme des bribes de mon histoires mais aussi comme des parties de mon corps. Un tatouage c’est symbolique, mais c’est aussi esthétique, pour moi c’est aussi joli que la naissance d’un décolleté, qu’une épaule nue, qu’une cuisse galbée.
Ma fille me demande souvent de regarder mes tatouages, je lui ai expliqué ce qu’ils étaient, ce qu’ils signifiaient. Elle, elle me voit comme ça, la maman de maintenant, la femme que je suis devenue. Je ne me sens pas faire partie d’un gang de tatoués. Et à la question qu’on me pose à tous les coups « Et ça fait mal? » Je réponds que quand on n’a contracté par les reins, une petite aiguille qui nous effleure la peau, ça n’est vraiment rien.
Et si toi aussi tu n’aimes pas être mise dans une case, je t’invite à aller lire le dernier article de Valérie alias « Allo Maman Dodo ».