Un fardeau c’est un truc qui te colle aux baskets, mais pas du genre chewing gum, plutôt du style tas de boue, bien lourd et gluant.
Je sais ce que tu vas me dire « quelle idée de mettre des baskets! » (oui, ce n’est pas vraiment mon style), « quelle idée de marcher dans la boue! » (fille de cambrousse un jour…)
Quand on veut se vider la tête, il vaut mieux arrêter de se poser des questions. Et il est bien là mon problème à moi, je suis boulimique de questions.
Même quand je me dis stop, mon cerveau prend le relais. Le soir, très tard, je ferme les yeux et mon esprit est comme sur pilote automatique. « Et si ma vie était déjà toute tracée? » « Et s’il nous arrivait malheur? » ou pire… « Et s’il lui arrivait malheur? »
Ces questions qui n’en finissent plus m’amènent toujours dans les recoins les plus sombres de mon esprit, ceux où je ne peux m’empêcher de penser au pire. Je pourrai m’arrêter là, mais non, je surenchéri dans l’horreur. Je pense aux questions pratiques, je réfléchis à ce qui ne devrait être qu’accessoire dans des situations cauchemardesques.
Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond là haut? Pourquoi est-ce que je ne profite pas simplement des bons moments? Est-ce que c’est une sorte de tribu à payer au bonheur? Est-ce que je suis condamnée à rester en mode « veille »?
Et pourtant ça va mieux, ça va même beaucoup mieux, j’arrive à voir ce qui est beau dans chaque chose et ce qui est bon dans chaque être. Je vois aussi le mal, forcément, mais il laisse un peu plus de place à la joie d’exister.
Après la naissance de Chouquette, j’ai vécu une période difficile. La maternité ça révèle vos forces et vos failles. Il a fallu qu’on m’ouvre les yeux. Et même si maintenant j’ai toujours peur, je vois clair et j’essaie de trouver des armes adaptées à l’ennemi qu’il me faudra affronter.
Ce fardeau il pèse beaucoup moins lourd qu’avant. Disons que d’une tonne de bouillasse, il m’en reste 1 ou 2 kilos sous chaque grolle.
Cette saleté je m’en débarrasse à force de marcher. Plus j’avance et plus j’en laisse derrière moi. Je suis une fille de projets, j’ai besoin de m’inventer un avenir, je veux m’imaginer les choses passionnantes que me fait miroiter la vie.
Aujourd’hui, malgré tout, j’ai cette sensation de stagner. Je fatigue, mes pieds sont comme figés.
Est-ce que c’est trop présomptueux de se dire qu’on pourrait faire mieux, alors qu’on a une existence plutôt douce? Est-ce que c’est trop demandé que de vouloir éprouver ses capacités? Est-ce que c’est égoïste?
J’espère du fond du coeur que ma vie de femme et ma vie de maman n’en sont qu’à leurs balbutiements. A 30 ans je veux continuer à avancer, éprouver de la fierté, ranger mon putain de complexe d’infériorité et arrêter de m’embourber.

(Je sens que je vous ai filé une de ses patates ce matin!)