Ma petite poulette… c’est le petit nom affectif par lequel ma maman m’appelait souvent et m’appelle encore parfois. Je te surnomme aussi de temps en temps comme ça. Le matin, enroulée dans ta couette, tu es mon petit rouleau de printemps. Quand tu es encore à peine éveillée, que tu bailles, les yeux entrouverts et tout embués, tu es mon petit marmotton. Et dès que je t’aperçois, que je dois t’interpeller, tu es ma boubouille à moi.  
C’est comme ça, et il n’y a finalement que sur ce blog et les réseaux sociaux que tu t’appelles Chouquette. Nos mamours, de toi à moi, je les garde jalousement. Tu sais d’ailleurs très bien remettre en place ceux qui s’aventureraient à t’appeler par un des petits noms de maman. C’est parce que je t’aime tellement mon ange, qu’il n’existe pas assez de mots dans le dico pour te crier mon attachement.
Cette semaine tu as bien du mal à tenir ta langue pour la préparation du sacro-saint cadeau de la fête des mères. Tu es si fière, si fière! Toi qui ne te rappelles jamais de ce que tu as fait de ta journée d’école, tu me dévoiles un à un tous les détails de fabrication d’un présent qui promet d’être totalement utile et élégant.
C’est toujours ça qu’ils n’auront pas mon coeur. Les petits dessins, les jolies appréciations de ta maitresse, tes progrès constants, ta fierté de me montrer que tu sais compter. C’est toujours ça qu’ils n’auront pas mon petit chat.
Parce que le plaisir de te voir chanter et danser ils nous l’ont dérobé ma douce. Les coups de soleil à attendre que commence le spectacle, l’odeur des frites dans nos cheveux, les parties miteuses de pêche aux canards, la queue interminable pour l’atelier maquillage, ils nous les ont volés ma chérie bébé. Tes petits yeux qui me cherchent dans le public, les miens mouillés de cette putain de fierté d’avoir enfanter une telle beauté si douée, ils nous les ont arrachés mon amour.

Voilà, ils y sont arrivés, à niquer nos souvenirs. Ils sont entrés dans nos écoles. La mort a pris le dessus sur la vie. On immole les kermesses au nom de la sécurité. On prévient quelque chose qu’on ne saura jamais guérir. On préfère étouffer la joie et subir la peur. On dépossède nos enfants de leur enfance et de leur bonheur.

Les chants cacophoniques ne feront pas vibrer nos coeurs. Les petits couacs ne déclencheront pas nos rires. Nos appareils photos ne risqueront pas la pénurie de batterie. Nous n’immortaliseront pas les costumes choupis et les chorégraphies à la Kamel Ouali.

Ils ont réussi à tuer le seul lien social qui relie les familles dans nos villages dortoirs. Petit à petit ils grignotent le vivre ensemble, celui qui peine à survivre dans nos sociétés, celui que la 4G et Hanouna ont déjà bien entamé. Comment expliquer à nos enfants qu’il faudra braver ce qu’on n’aura pas su éviter? Comment leur expliquer que les libertés dont nous avons profité avant, seront maintenant d’un autre temps, que les moments qu’on n’imaginait pas louper n’existeront peut être plus jamais?

Depuis novembre les terrasses n’auront pas désempli, mais au mois de juin les cours de récrés seront désertées. Ma puce, je suis tellement désolée, le monde est fou et il n’y aura pas de fête d’école cette année.