Elle venait d’avoir 18 ans, elle était belle comme une femme et forte comme une enfant. Elle avait cette maladresse d’une féminité non assumée, elle vivait le passage à la vie d’étudiante dans tout ce qu’il peut avoir d’aventurier, elle avait l’envie d’être jolie sans avoir l’envie de plaire. Son corps avait grandit mais pas son instinct de séduction.

Elle était surement belle, sinon il ne se serait pas retourner sur elle. Pour lui plaire un peu plus, elle a voulu apprendre à séduire. Elle a acheté deux string affreux qui la torturaient plus qu’ils ne la rendaient sexy. Elle s’est maquillée un peu plus, elle a toujours aimé le maquillage mais elle n’osait pas trop en porter… avant lui. Lui c’était sa caution masculine, celui qui l’a fait passer d’une vie de jeune fille à la vie de jeune femme. Elle pouvait désormais s’habiller court et mettre plus de noir sur ses yeux. On ne la traiterait pas de fille facile, parce que maintenant elle avait un mec. Oui parce qu’au lycée, toutes ces filles très maquillées et au textile mi-cuisses, on savait bien ce qu’elles faisaient à la récré, au fond de la cour, dans les toilettes non surveillées. Elle n’aurait jamais voulu qu’on la considère comme ça. Mais ce n’était plus le cas, elle avait un mec, un régulier, elle voulait être plus sexy et désormais elle en avait « le droit ».

Si jeune, trop jeune et pleine d’à priori. Elle voulait grandir vite, elle voulait tout, tout de suite. Elle voulait prouver au monde entier, qu’on pouvait avoir tout ce qui rend heureux dans la vie, dans un temps imparti. Après tout, il était parfait pour elle. Aucun autre ne s’était retourné avant lui et peut être qu’aucun ne le ferait plus. Alors ils ne se sont plus quittés, enchainant les années d’étude, les examens, les concours… elle réussirait, c’était une question de fierté.

Pour trouver du travail il leur a fallu faire le sacrifice d’une relation à distance, mais qu’importe, ils n’allaient pas tout remettre en question pour quelques mois, quelques années. Ils ont parié l’un sur l’autre, ils étaient trop près du but pour renoncer. Toujours dans cette dynamique de continuité, ils ont acheté une maison, elle lui a dit oui et ils se sont mariés. Il l’aimait, il lui avait prouvé. Elle aimait sa vie, le bonheur qu’on lui vend depuis qu’elle est gamine, il était là : un mari, une maison, une voiture, un chat… puis deux. Il y a juste le bébé qui tardait à arriver. L’échec de sa vie, celui qu’elle avait énormément de mal à accepter… ce ventre vide qui ne voulait rien savoir, celui que la médecine n’arrivait pas à faire fonctionner, celui qui fêlerait cette armure qu’elle aura mis des années à se forger.

Une petite fille est née. Une petite fille merveilleuse. Leur vie a été bouleversée. Mais la routine ne s’est pas améliorée. L’amour ne s’est pas intensifié. Leur monde tournait autour d’un petit être et finalement ils n’ont eu que ce point commun d’aimer la vie qu’ils avaient réussi, malgré tout, à créer. 

Elle avait dit oui mais ce n’était pas lui. Il a fallu des années pour le comprendre, pour accepter qu’elle s’était trompée, qu’il ne suffit pas de se construire de toutes pièces une famille parfaite pour avoir une vie parfaite. Le bonheur il n’est pas dans une pub purée Mousseline, il est dans la bienveillance, dans les petits plaisirs partagés, dans la confiance, dans les rires, dans les bras qui réconfortent et les pots de crème glacées… 

Si j’étais elle, je lui aurais dit de réfléchir, de voir le bonheur dans les autres familles, de lire l’amour dans les yeux des autres couples.  Je lui aurais dit que le choix on l’a toujours, à n’importe quel moment de la vie. Je lui aurais dit que le mariage ce n’est pas la fête d’une seule journée mais le commencement de nombreux jours de fêtes. Je lui aurais dit qu’elle était capable, qu’elle était belle et forte. Je lui aurais dit de ne pas s’ enfermer dans un quotidien absurde. Je lui aurais dit de dire « non » mais je crois qu’elle ne m’aurait jamais écouté. 
Je ne regrette rien. Il ne faut jamais regretter.

Ça y est, les copains, je suis divorcée!