Les jours qui s’égrainent sur le calendrier. Tiens, ça fait combien de temps que les anglais n’ont pas débarqué? (Je suis vraiment désolée pour nos amis anglo-saxons injustement assimilés à, ce que nous appelons plus communément entre greluches, les « ragnagnas »)
Un petit check sur mon smartphone… Ah! ce cycle semble plus long que les 6 derniers. Ne nous emballons pas, le 28 ème jour n’est pas arrivé. Et si…? Ne nous emballons pas, j’ai dit! Mais imagine, et si c’était la bonne cette foi? Ne nous emballons pas, j’ai dit, bordel!
C’est plus fort que moi, impossible de me raisonner, le dernier jour ne veut pas arriver, tout me semble durer une éternité.

Le petit vélo dans ma tête tourne, tourne. Si c’était vrai, comment est-ce que je lui annoncerais? Merde et mon ordonnance n’est plus bonne depuis des lustres, va falloir que je tente d’appeler le labo ou la secrétaire du gynéco. Han, la tête des copines si je leur apprenais! Cette fois, je m’en fous, je me lâcherais au rayon maternité de chez H&M. Ça serait bien de commencer la nouvelle année avec une bonne nouvelle. Tenir ou ne pas tenir sa langue les trois premiers mois? Dans ma tête je me lance toute seule des petits débats.

Le 29 ème jour au matin, rien. J’ai quand même l’impression d’avoir mal au ventre. Oui, j’en suis sûre j’ai mal au ventre, c’est fichu. Mais bon, sans preuve, point de certitudes. Je patiente.
Le 29 ème jour à midi, rien. C’est quand même chelou. 6 mois que je ne dépasse pas le 25ème jour et là toujours rien? Peut être que, quand même? Mais non, arrête, ce mal de bide ne trompe personne, dans deux crampes tu l’auras ta preuve!
Et puis le retour du boulot, le passage à la garderie, le bain, les petits câlins, la popote pour le soir… Ouille, Ouille. Non, je n’irai pas voir. Je n’ai pas vraiment le temps maintenant, et de toute façon je ne suis pas démaquillée et mon mascara n’est pas waterproof.

Le temps qui me paraissait si long s’est raccourci d’un coup. Il faut y aller, je dois y aller. Je contiens ma déception, ma rage, ma peine, ma douleur. Dans la maison c’est un jour comme les autres. Ma petite fille rit, elle ne comprendrait pas mes pleurs. Le monde tourne, ce n’est pas encore pour cette fois, pas encore mon tour, mais un de ces jours ça sera pour moi.

Un jour de retard, seul, unique, plein d’espoir. Un jour où croire en la vie était presque permis. Un jour qui est fini.