Un vendredi soir, nous avons du confier Chouquette à mes darons. Une soirée pas qu’entre amis était prévue, mais nous n’étions pas en position de la refuser.
Pour que la séparation ne prenne pas une tournure mélodramatique, j’ai invitée ma p’tite dictatrice à préparer son sac de voyage avec moi. Elle s’est chargé d’y mettre « doudou », « le lapin » et le « bonhomme lumière ».
Je l’avais bien briefée, depuis la veille, sur le fait qu’elle irait « faire dodo chez papi et mamie ». Elle, elle me répondait à chaque fois « Papi wawa chien! » (Oui chez Papi y’a un « wawa chien »).

Pour des questions de logistiques, nous avons du déposer l’Homme en chemin (youpi! à moi, toute seule, les adieux déchirants chez les grands parents). Et là c’est le drame… Elle n’avait, visiblement, pas bien saisi le concept selon lequel on devait laisser son père descendre de la voiture, tout seul, dans la nuit, lui faire un bisous et le laisser disparaitre dans le noir… Bref ça s’annonçait mal, cette histoire de soirée commençait à sérieusement sentir le moisi. J’ai essayé de lui expliquer, tant bien que mal, qu’on n’avait pas lâchement abandonné son papa au bord de la route (c’est interdit par la loi et les refuges de la Société Protectrice des Papas sont déjà archi blindés).

Une fois arrivée chez mes parents, elle sentait bien le coup fourré et le moment de mon départ arriver. Elle s’accrochait à mes jambes en enfouissant sa petite tête entre mes cuissots… Et puis, Papi était dans la cuisine, il buvait un verre, du coup Chouquette a eu soif et est partie lui réclamer « A p’tit coup ». Et puis, il commençait à faire faim, alors elle a demandé à Mamie si par hasard il n’y avait pas un « bout pain » qui trainait. Elle lui en a donné, les pâtes allaient bientôt être prêtes.

Moi, j’ai regardé la scène depuis le salon. Je suis restée à l’écart. Je la voyais reprendre ses marques dans cette maison qu’elle connaissait déjà si bien: la cheminée c’est « cho », les escaliers c’est « non non non! », les jouets sont « laba » et les « gato » sont dans le placard, juste là. Un seul truc lui manquait… sa tata Tété! « Héou Tété? ».

Les pâtes sont cuites, mamie y ajoute un tout petit bout de beurre, Chouquette se précipite pour enfiler son petit tablier so « njut ». Papi lui donne les premières bouchées… »hummmm! ». Je comprend à ce moment précis, qu’il est temps de m’arracher fissa. Je mets mon manteau, Chouquette me voit, et la bouche pleine, elle agite le bras et me crie « auwooooiiirrr! ». Ni une, ni deux, je ne demande pas mon reste, je fais une bise à chacun et je suis déjà dehors. Je ne me retourne pas, personne ne pleure, personne ne hurle, je m’en vais.

Moralité: T’auras beau les travailler au corps, les réconforter, les préparer, les accompagner, les acheter avec du chocolat et un dvd de T’choupi,… le plat de nouille, ça sera lui, ton meilleur allié pour une séparation réussie.

Barilla c’est plus fort que toi!
Nouilles 1 / Maman 0