Mon histoire est celle de nombreuses femmes. Cette histoire raconte ce qui s’est passé lors de mon accouchement, le 2 décembre dernier, mais ce n’est pas la seule du genre qui me soit arrivée.

Je me souviens très bien du regard dédaigneux de cette secrétaire qui me tendait mes résultats d’analyses ainsi qu’une ordonnance, sans explications de la part du médecin, et qui a refusé de répondre à mes questions. Elle a juste consenti à me lâcher à demi-mots « c’est un virus, vous verrez ça avec M…. à votre prochaine consultation ». Tout ça pour une simple infection vaginale qui a du lui suffire pour me cataloguer de « trainée ». Je me souviens aussi de cette gynécologue qui m’ordonnait froidement de ne pas bouger pendant qu’elle pratiquait une colposcopie (une biopsie super funky du col de l’utérus). Elle a fini en me disant que je cicatriserai très vite, et elle m’a laissé rentrer chez moi avec une entaille d’un bon centimètre dans la shnek. Une entaille qui me vaudra une impressionnante hémorragie, un séjour aux urgences le soir même, la peur de mourir et la panique dans les yeux de l’interne.

Je ne suis pas une exception. Des centaines de femmes croisent ces professionnels de santé chaque jour. Mais cette fois-ci j’ai décidé de ne pas me taire et d’écrire. Voici donc mon témoignage, sans fioritures, sans concours de style. Il s’agit simplement de la lettre  envoyée à l’établissement où j’ai accouché il y a trois mois. Je vous la livre, en toute transparence, ici.

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Monsieur,

Je viens, par la présente, attirer votre attention sur un incident survenu au sein de votre établissement et dont je ne saurais passer outre.

Le docteur A. ayant effectué mon suivi de grossesse, je me suis présentée à la maternité de votre établissement, le 1er décembre 2018 au soir, quand les signes d’un pré-travail régulier se sont manifestés. J’ai été très bien accueillie par le personnel présent. Mon conjoint et moi-même étions satisfaits de la prise en charge. Je tiens, par ailleurs, à préciser que les sages femmes, infirmières et auxiliaires de puériculture ont été d’un grand soutien pendant mon accouchement. Après un monitoring et un rapide examen prouvant que le travail n’avait pas encore réellement débuté, nous avons fait le choix de rentrer à notre domicile, pour revenir aux alentours de 2h30 à la maternité. Nous sommes donc le 2 décembre 2018.

Une péridurale a été posée avec professionnalisme par le docteur B., aux environs de 4h30. Le travail avance doucement mais sûrement, je me sens bien et notre bébé également (en témoigne le tracé du monitoring qui restera excellent tout au long du travail). La sage femme de garde est optimiste et rassurante sur le déroulé de l’accouchement. Nous activons la descente du bébé en adoptant différentes positions, cela fonctionne. Mon col est à dilatation complète et nous attendons juste que le bébé soit complètement descendu pour effectuer des poussées efficaces. Nous sommes confiants, tout se déroule parfaitement.

Avant midi, le gynécologue de garde, M. X. entre dans la salle de travail, sans un bonjour mais en lançant « Gynéco de garde ! ». Il m’examine, maugrée quelques mots et repart. Il revient quelques secondes plus tard pour nous dire que la tête de notre bébé est « mal fléchie » et « mal orientée ». Il explique brièvement qu’un bébé peut tout à fait naître dans ces conditions, visage face au plafond, mais que cela prendra plus de temps. Il ressort et arrive la sage femme qui nous explique que le gynécologue va apporter une « aide » à notre bébé pour faciliter sa sortie. Je demande alors en quoi cette aide consiste, elle me répond que cela sera certainement une ventouse.

Nous ne comprenons pas cette décision arbitraire mais tout s’enchaîne très vite. On me demande de me mettre en position gynécologique. Le Dr X. revient pour poser la ventouse. Il peste parce que le matériel à disposition n’est pas celui qu’il aurait souhaité et son manque de tact se ressent jusque dans mon intimité. Il nous annonce que la rotation s’est bien effectuée mais nous en déduirons que cela n’aura pas suffit lorsqu’il réclame les forceps à l’auxiliaire de puériculture. Il lui en fera déballer trois paires différentes pour finalement en choisir une par dépit, en maugréant qu’il n’y a jamais le matériel adapté dans, je cite, « cette maternité de merde ».

Mon conjoint et moi, ne comprenons pas vraiment ce qu’il se passe. On ne nous explique pas pourquoi les forceps sont nécessaires, on ne nous laisse pas le temps de poser une seule question. S’en suit une utilisation des forceps sans ménagement. La sage femme et l’auxiliaire de puériculture me soutiennent du regard et m’encouragent, à voix basse, à pousser efficacement pour en finir avec ce mauvais moment, voyant l’impatience et l’humeur exécrable du médecin grandissantes. Le médecin n’aura envers elles que des remarques acerbes.

Je n’ai qu’un objectif à ce moment là, que ma petite fille sorte en pleine santé. J’entends alors le Dr X. demander à l’auxiliaire de puériculture les ciseaux pour pratiquer une épisiotomie. Je refuse à haute voix mais mon conjoint est obligé de répéter plus fort, pour se faire répondre que si je suis déchirée, cela serait de ma faute. J’ai, à ce moment, fait clairement un choix que je considère faire en connaissance de cause, je n’estime donc pas devoir subir un jugement culpabilisant et d’autant plus humiliant qu’il ne m’est pas adressé directement, de la part d’un médecin. Il respectera cependant mon choix.

Ma fille enfin posée sur mon ventre et le placenta expulsé, le Dr X. a du effectuer quelques points pour recoudre la déchirure. Il aura d’autres remarques désobligeantes envers la sage femme et l’auxiliaire de puériculture concernant leur manque d’implication et le manque de matériel. Leur implication et le matériel étant pourtant bien présents. Il n’adressera aucun mot à mon intention pour expliquer ce qu’il fait, combien de points sont cousus et où ils sont situés. Je prends sur moi, je supporte la douleur et son manque de délicatesse, en accueillant ma petite fille du mieux que je le peux. Le docteur sort enfin de la pièce et je demande alors à la sage femme de m’expliquer ce qui a été fait. Elle me rassure et m’explique. Elle se dit choquée par le comportement du médecin et je la remercie chaleureusement d’avoir gardé son sang froid et de m’avoir si bien soutenu pour que les choses se déroulent au mieux.

Mon conjoint et moi, restons profondément blessés par la façon dont le Dr X. nous a pris en charge. Ma fille et moi sommes en parfaite santé physique, cependant mon enfant garde une trace très marquée de forceps sur le front et je m’estime lésée de n’avoir pu accoucher d’une façon plus sereine et plus physiologique. Nos choix et mon intégrité n’ont clairement pas été respectés, ceux de la sage femme de garde et de l’auxiliaire de puériculture non plus.

Nous ne comprenons pas pourquoi cet acte, en l’occurrence « l’extraction » de notre enfant, a été réalisé dans l’urgence, sans plus d’explications alors que rien ne semblait le justifier. Nous comprenons encore moins pourquoi nous avons du subir moralement et physiquement l’humeur irascible du Dr X. Son manque de professionnalisme et d’empathie me semblent impardonnables ou pour le moins, répréhensibles. Un accouchement étant, par nature, un événement marquant et inoubliable, les dommages pour mon conjoint, ma fille et moi-même sont importants.

J’aimerais donc, à ce titre, vous demander de me faire parvenir l’intégralité de mon dossier médical.

Je vous saurais gré de prendre en considération les faits décrits ci-dessus afin d’améliorer la prise en charge des futures mamans dans votre maternité. Je tiens cependant à souligner la grande qualité des soins apportés par l’ensemble du personnel de la maternité durant mon séjour.

Je souhaiterais que vous proposiez à M. X. de relire et d’appliquer l’engagement à la bientraitance que vous avez pris envers vos patients et qui est affiché dans chacune des chambres de votre établissement.

Je vous remercie pour l’attention que vous saurez porter à mon courrier. En espérant une réponse rapide et conséquente de votre part, je vous prie, Monsieur, d’accepter mes sincères salutations.

Pour moi, pour nous, pour mes filles, pour vos filles. Prenez la plume!

 


Et pour aller plus loin:

  • Une définition des violences obstétricales par Jesusa Ricoy :

« La violence obstétricale est l’acte de faire abstraction de l’autorité et de l’autonomie que les femmes ont sur leur propre sexualité, corps, bébé et expérience de naissance. C’est aussi l’acte de faire abstraction de la spontanéité, des positions, du rythme et du temps de travail nécessaire afin de progresser normalement lorsqu’il n’y a pas de besoin d’intervention. C’est aussi l’acte de ne pas se soucier de la sphère émotionnelle de la femme et du bébé lors de l’ensemble du processus d’accouchement. »

 

  • Une définition des VOG complète et concise par l’IRASF:

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